LETTRE D’UN ASPIRANT

Ne crois pas, étranger, que j’use de ma plume / À chaque rendez-vous, pour chaque occasion. / Si je suis beau parleur, c’est pour une raison : / Dès lors que tu souris, j’en perds us et coutumes. / Aurais-je reconnu celui que j’attendais ? / Est-ce prématuré, est-ce une fantaisie / De penser que le sort jusqu’à toi m’a conduit ? / Ou vibres-tu pour moi d’un similaire attrait ?

L’AMANT

Je n’ai, ma douce, hélas, rien d’autre à vous offrir / Que mes plus chaudes larmes ; et le triste tourment / Où vous jetez mon âme depuis si longtemps / N’aura raison d’un cœur qui à vous plaire aspire. / Je vis pour vous servir et toujours vous aimer. / Je gravirai les monts, je défierai les cieux, / Renierai père et mère pour conquérir vos yeux / Et goûter un instant votre sein adoré.

L’HOMME DE FEU

Son épopée commence, il avait dix-neuf ans. / Intrépide, vaillant, plein de fougue et d’audace ; / D’un immense génie se forgeaient carapace / Les ombres si ténues de son destin ardent. / Prophète étincelant sous la pâle lumière, / Après la lune il court, et bouscule en passant / Uranus, et Saturne, et les astres fuyants, / Longtemps paralysés par les froides chimères.

TESTAMENT

La nuit tombe et je songe à nos cœurs enlacés, / Sombrement prisonniers d’un amour irréel / Qui ne vivra jamais que dans l’humble querelle / Embrasée mille fois par sa seule amitié. / Amoureux éconduit par Vénus au tourment, / Dans ma triste infortune ai promis chasteté / Et goûte à la platonique fidélité / Qui du parfum de chair s’émancipe un instant.